Amazonia est une invitation à voyager à travers l’espace, le temps et la matière. Cette série relate une traversée du Pérou au cours de l’été 2025, un périple au cœur de l’un des poumons verts les plus vitaux de notre planète.

Avec cette série, l’acte photographique rompt définitivement avec l’illusion de la maîtrise humaine pour devenir un pacte d’interdépendance à l’heure où la forêt amazonienne, pilier de la régulation de notre atmosphère, étouffe sous les incendies et la déforestation. Face à ce drame moderne, au triomphalisme de l’intelligence artificielle et à l’extraction frénétique des ressources, cette œuvre oppose une esthétique du ralentissement, du lâcher-prise et de la réciprocité matérielle. Elle ne donne pas à voir la jungle à travers le regard surplombant d’un observateur occidental, mais s’écrit physiquement avec elle en convoquant sur la surface sensible du papier un collectif de co-signataires non-humains.

Pour donner vie à cette série, j’utilise un procédé photographique de mon invention : l’écosotype. Conçus de manière éco-responsable sans chimie nocive, ces tirages sont réalisés à partir de deux éléments premiers : la poussière de charbon et la terre du Thanétien, que j’ai récolté en Provence, là où je vis.

Le choix de ces matériaux porte en lui une profonde résonance écologique et temporelle. La terre provenant de la couche géologique du Thanétien affleurait il y a 58 millions d’années, à une époque où le climat européen était de type tropical et subissait un réchauffement global du à la libération massive de carbone.

Le charbon quant à lui est à la fois le vestige de la calcination des forêts actuelles sous les feux de la déforestation et le moteur fossile de l’ère industrielle.

Valoriser l’intelligence naturelle dans le contexte actuel est un acte de résistance esthétique. Alors que l’IA nous détache du monde physique en nous noyant sous des flux d’images spectrales, Amazonia nous rappelle que la Terre possède une intelligence matérielle, plastique et historique, qu’aucune machine ne pourra jamais égaler ni ressentir.

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